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(archive bioventure) 

 

Petite histoire de la coop Bioventure*

 

* ou - édit janvier 2007 :   "nul n'est prophète en son pays !" la coopérative, qui n'en a jamais été une pour l'immense majorité de ses membres, a été dissoute fin décembre 2006.

   

Le texte version 2002 :

Sous forme de fragments piochés ici et là, l’histoire d’une coop bio. au pays du soleil… 

  1987-89 : mes études sont finies pour l'instant ( italien-chinois ) et je ne suis guère avancée. Le plus important : la naissance de mes enfants avec la découverte de plein d’aspects de la vie qu’évidemment l’université n’enseigne pas. L’allaitement n’est pas favorisé, il faut se battre pour laisser faire la nature : déjà je sens que la médecine ne veut pas que notre bien…

Heureusement, j’ai un mari compréhensif et ouvert, nous aimons lire   ( pas de télé à la maison ) et de fil en aiguille je commence à entreprendre un canevas qui n’est pas encore terminé...

Je vois en fait une juxtaposition de savoirs et de thérapies, mais je n’ai pas encore trouvé le chaînon manquant : homéopathie, médecines douces… le médicament est quand même roi, et notre mode de vie alors ? Ou bien c’est l’explication psy : tout est dans la tête oui, mais…

Un jour, je m’arrête devant un discret panneau « Nature et Progrès » et finis par atterrir chez un paysan bio. Bien que fraîchement accueillie, je m’accroche et à force de poser des questions j’en arrive à faire partie des familles qui se servent à cette ferme. C’est là que j’entends pour la première fois parler de « coop bio », un concept encore flou mais qui m’intéresse d’autant plus que mes recherches progressent.

J’aperçois dans un coin « Les bonnes adresses de la Bio. » de Nature et Progrès, et j’en profite pour y relever des adresses de ces fameux lieux mythiques…

Je ne suis pas déçue : après être revenue plusieurs fois à cause des horaires, j’en tiens une, lors d’un séjour dans le Sud-Ouest : une vraie, avec sacs de céréales béants, légumes clairsemés, et plein de produits inconnus et attirants. Mais surtout, il y a des livres et des revues qu’on ne trouve pas ailleurs, et si l’accueil reste frais pour qui n’est pas « initié », je passe outre et je m’instruis.

A mon retour de vacances, mes fermiers bio traversent une mauvaise passe : le domaine va être vendu, et les agriculteurs doivent partir ( c’est une région où les terrains rapportent bien plus pour bâtir que pour l’agriculture ! ) : on me parle d’un projet de création d’une coop, ce qui leur permettrait de se créer une nouvelle situation. En route pour l’aventure !

C’est là, au cours des réunions préalables que je découvre d’autres familles motivées par les produits bio : à cette époque, les agriculteurs sont encore regroupés en C.O.M.A.C  ( groupes locaux qui s’entraident ) et Nature et Progrès dispose d’un réseau étendu de membres. Les statuts sont trouvés et le financement provient d’un emprunt personnel ( les banques ne prêtent pas,  on s’en serait douté ).

La coop est une Société coopérative civile de consommation, statut légal qui permet de démarrer une activité avec un capital de mille francs environ. La part sociale -valable indéfiniment- est fixée à 20 F minimum (3 €), pour que tout le monde puisse accéder à ces produits soi-disant réservés aux riches. Ce statut a l’avantage d’être plus crédible auprès des fournisseurs qu’une association, car il y a une inscription au Registre du Commerce etc.

Le local élu est plutôt destroy, mais  il y a des bonnes volontés pour le retaper bénévolement, malgré le froid (...) La coop ouvre finalement  et je m’y inscris, ravie de pouvoir enfin acheter ces produits sans être obligée de courir aux quatre coins du département.

Je constate que je vais de moins en moins dans le petit supermarché du coin, ce qui est un grand bien, car on a jamais autant l’air abruti que lorsqu’on pousse un caddie là-dedans.

De parents agriculteurs ruinés par le Crédit Agricole et le système, j’ai hérité de la haine de ces endroits immondes que sont les grandes surfaces : je sais depuis longtemps qu’ils paient très mal et très longtemps après leurs fournisseurs, mais entre temps, ils placent leur argent et le font fructifier chez les banquiers, et tout le monde trouve ça très bien…

La coop a la chance de démarrer avec déjà la bonne clientèle de la ferme bio, et petit à petit elle s’étoffe. C’est tant mieux car très vite il y a un salarié, ce qui récompense les fermiers bio de leurs années de galère agricole.

Les années passent…1990-92 : je connais maintenant les revues alternatives  « Silence », « Les quatre saisons du jardinage », « Observez » (1) etc. Je reprends des études, de psychologie cette fois. La fac n’est pas vraiment ouverte aux courants alternatifs, je joue le jeu universitaire et j’apprends des choses intéressantes, notamment en psychologie sociale. Pourtant, toujours pas vraiment de réponse à mes questionnements : il me faut juxtaposer plusieurs savoirs mais quand je fais la cuisine, qu’est-ce qui me dit que je procède comme il faut etc ?

J’en suis là quand je lis « Sauvez votre corps » du Dr. Catherine Kousmine, une femme exceptionnelle qui avait tout compris. Le plus que j’y trouve m’explique comment nous en sommes arrivés à notre société de consommation pourrie :  comme ces rats qu’elle a nourris avec la nourriture raffinée des suisses des années 50, et qui n’ont pas tardé à se déglinguer, alors que ceux qui mangeaient la nourriture des suisses du siècle dernier ( aliments complets, non raffinés ) se portaient comme un charme…

Et où était passé ce qu’on avait raffiné : dans les profits ! Plus on en enlève, plus on peut en vendre par ailleurs, il a suffi de lancer la mode bourgeoise du pain blanc etc. et le tout était joué, et il l’est toujours d’ailleurs, sauf qu’aujourd’hui on est passé à la vitesse supérieure avec les aliments transgéniques ( entre autres ).

Voilà, cependant à cette époque j’en ai un peu marre de cette coop style « magasin d’Etat » qui ressemble un peu trop à ses consoeurs  : accueil..., légumes bio mais trop souvent avachis,  guère d’écoute, et surtout j’ai le sentiment qu’on ne se met pas à la place du consommateur, même un minimum : tout est en vrac, même les dattes gluantes ;  où sont les sachets, comment prendre un fromage dégoulinant sans s’en mettre partout etc, autant de détails peut-être petit-bourgeois, mais je commence à penser que ce n’est pas parce qu’on est dans un commerce différent qu’il faut laisser les gens se débrouiller avec rien : un minimum de prise en considération ne nuit pas…

Je me demande si les responsables de la coop mesurent tous les conflits et tous les obstacles intérieurs qu’il faut vaincre pour entrer dans ce type de magasin-coop : en fait, les gens ne savent pas trop comment ça fonctionne; souvent l’entourage n’est pas très heureux de percevoir un changement d’alimentation  ( ce n’est heureusement pas mon cas ), et cela fait beaucoup de  choses nouvelles à gérer dans l'esprit de celui ou celle qui franchit la porte. 

(...) Les préoccupations financières semblent omniprésentes et jettent une ombre sur le côté militant. Je perçois comme une contradiction avec ce qu’on affiche et la réalité, mais je suis naïve et idéaliste, heureusement pour moi !

(...) L’ensemble n’est pas très épanouissant.

- Idée : pourquoi ne pas créer une autre coop un peu plus loin, dans une zone qui ne fera pas concurrence à l’autre coop ? Je finis par exposer mon projet qui n’est pas mal accueilli, au contraire : la responsable nous parraine – nous sommes quatre à être intéressés dont mon mari et moi – auprès de la centrale d’achats bio – « Bioc... », confédération de structures coopératives - où elle se sert. Nous déposons les mêmes statuts de société coopérative, un capital de 1200 F et le tour est joué puisque nous  investissons nos économies   ( environ 50.000 F ) pour constituer un petit stock avec du matériel pour la vente. Le local n’est pas mal, la petite ville de Trets est à une dizaine de km de la maison et la route est charmante. Nous jouons nos propres bénévoles pour faire les travaux et comme nous ne connaissons absolument personne dans le coin, nous posons des affiches pour que les gens sachent qu’une coop va s’ouvrir : à l’époque, on dit que la bio concerne quelques 2% de la population, il viendra bien quelqu’un !

Je suis des cours d’astrologie, plus que parallèlement à la psycho, et nous trouvons comme heure d’ouverture 15h 30 un vendredi :  ça marche, les gens sont là et nous avons déjà une cinquantaine d’adhérents. J’angoisse parce que je ne sais pas bien rendre la monnaie, on a juste une calculette.

Les horaires resteront cool : un petit mi-temps, on peut faire autre chose à côté. Pas la peine d’ouvrir s’il n’y a pas de livraison de produits frais, et comme ça les légumes n’ont pas le temps de s’avachir. Les premiers venus sont réceptifs et sont contents de trouver un endroit où s’approvisionner exclusivement en bio. D’autres sont curieux, il y a bien sûr aussi des gens que ça dérange... (2)

Mais reprenons dans le détail :

1993…

L’idée vient donc de prendre forme. Les statuts sont  ceux de la coop X…, dont la gérante a fait spontanément partie avec son mari  des 6 signataires. Il nous faut trouver un nom : il y a déjà alentours 2 coopératives avec des noms de "montagnes", et nous pensons tout naturellement à coopérative Sainte Victoire. Mais le terme est galvaudé, alors pourquoi pas Bio-Venture, ancien nom de la montagne Sainte Victoire ? C’est bien utile d’avoir fait lettres classiques ! Le nom est adopté. Les statuts sont déposés : entre les frais d’enregistrement et ceux d’annonces légales (« le courrier d’Aix » ), on a dû s’en sortir dans les 4000 F. Le local est trouvé. Nous avons moins de 3 mois pour y installer nos rayonnages –achetés à une petite supérette de Meyreuil qui fermait- et faire l’isolation à nos frais. Le local fait environ 80 m au sol et comporte un étage dont le plancher n’est pas très stable. C’est Didier qui accomplit la tâche périlleuse de mettre de la laine de verre et de lambrisser quelques 80 m² de plafond. Anick vient aider à peindre les  étagères qui avaient besoin d’un coup de neuf…

Nous distribuons des affichettes pour informer de l’ouverture prochaine de la coop. Je téléphone aux représentants des associations écologistes, pensant à tort- mais heureusement je ne le savais pas à l’époque- qu’ils seront tout de suite intéressés par notre projet. Notre voisin et ami Bodhan, jeune retraité dynamique, en placarde un peu partout à des endroits stratégiques. Elles étaient libellées en ces termes :

 

UNE COOPERATIVE BIOLOGIQUE A TRETS…

Bonjour !

 Nous avons décidé d’ouvrir une coopérative de produits biologiques à TRETS. Elle s’appelle BIOVENTURE et se trouve au numéro 40. Zone Industrielle, route de Gardanne ( à côté de Trets-Piscines ).

Une coopérative, c’est un lieu où l’on trouve des produits naturels, issus de l’agriculture biologique, rigoureusement sélectionnés et certifiés par des organismes sérieux comme Nature et Progrès, Déméter.(3)

Vous y trouverez donc des fruits et légumes, des céréales, du pain au levain, des huiles, des vins, jus de fruits, fromages, mais aussi des produits d’entretien, des livres…

Une coopérative, c’est aussi un lieu d’échanges et d’information sur tout ce qui concerne la protection de l’environnement, l’alimentation et la santé naturelles.

Une coopérative, c’est une structure associative, ça n’est pas tout à fait un commerce comme les autres…Venez nous voir !

NOUS OUVRONS LE VENDREDI  7 MAI A 15H30.

Une réunion d’information est prévue d’ici là. Si vous désirez y participer, vous pouvez nous joindre au n°…, aux heures des repas de préférence.

A bientôt !

 

Nous avons donc ouvert le vendredi 7 mai à 15h30 car d’après les astres (!) c’était une bonne heure pour ouvrir. Nos horaires étaient fonction de mes horaires de cours  (j’étais alors en 2ème année de psycho à la fac d’Aix),  et surtout de nos livraisons hebdomadaires : Relais Vert livre le mardi et le jeudi. Le pain de la boulangerie bio du Cannet des Maures arrivait le mardi et le vendredi…

Donc pour la très petite histoire, en 1993, à Trets, la coop ouvrait les mardi et vendredi de 9h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h 30. Les mercredi et samedi de 9h30 à 12h 30.

Le téléphone était : 42.61.59.75.

Nos voisins immédiats étaient les garages VAG et Ford de Trets, un marchand de matériaux, un autre de piscines, et les ferrailleurs du coin, sans compter notre voisin et propriétaire, Mr L… dont l’épouse nous a fait l’honneur d’acheter une part sociale et de venir un temps acheter une boîte d’œufs chez nous.

Donc, le jour de l’ouverture, avec une calculette prêtée ( elle avait un ruban !), la coop fait son premier chiffre d’affaire de quelques 5000 F et inscrit une quarantaine d’adhérents : certains sont toujours fidèles à la coop depuis, et c’est en grande part à eux qu’est dédiée cette tentative d’historique.

Le local est grand, il y a des bidons alimentaires achetés à grands frais pour contrer les mites et par souci d’hygiène : ils abritent sucres, farines et certaines céréales ( riz…), levure de bière maltée en vrac, etc. dont nous pensons  que les adhérents motivés par la bio connaissent l’usage et ne vont pas tarder à les vider : erreur grossière, mais ça non plus nous ne le savons pas encore.

Pour profiter des ressources locales, nous choisissons la banque Société Marseillaise de Crédit, qui a une agence à Trets. Pour nous soutenir, celle-ci manque nous infliger un interdit bancaire au bout de moins d’un mois, pour un découvert de moins de 1000 F, dont ils ne nous avertissent même pas. Le compte est aussitôt fermé et nous passons chez les CCP, avec une période d’essai héritée de la menace d’interdit bancaire de la SMC : merci les banquiers.

Le mois de juin et de juillet 93 se passent bien, nous partons en vacances et, comme elle le fera chaque année par la suite, la coop n’ouvrira qu’un jour et demi par semaine en Août. C’est l’inénarrable Bodhan qui prend le relais et qui terrorise Fred, adhérente de la première heure qui ne savait pas encore ce qui l’attendait quand elle s’est proposée de venir aider ! Heureusement qu’elle est là d’ailleurs, car Bodhan n’est pas vraiment passionné par la bio, mais plutôt par le contenu de la caisse qu’il vérifie sans relâche. Les gens continuent à venir plus ou moins, mais ils semblent très méfiants par rapport aux produits qu’ils n’ont guère vus ailleurs qu’ici. Heureusement que nous avons encore des réserves personnelles et des idéaux, car un gestionnaire averti n’aurait pas trouvé la situation très porteuse !

Mais voilà qu’il nous arrive tout un groupe de gens qui logent au camping de Peynier, en attendant de trouver des maisons dans le coin. Ils disent venir de Bretagne et s’installent assez vite, trouvant facilement travail et logement… Pour la coop, leur arrivée est une aubaine : ils connaissent les produits et mangent bio ! ! Ils nous font même acheter un sac de 25 kg de gluten de blé pour faire leur seitan (4), une denrée d’une autre planète ! Mais ces gens sont un peu bizarres, ils partiront soudainement s’installer massivement dans une autre ville. Nous n’entendrons plus parler d’eux, et le sac de gluten aura bien du mal à se vider...

Fred vient de plus en plus régulièrement et nous en deviendrons presque interchangeables, Anick participe aussi à la vie de la coop. Bioventure va solliciter un premier contrat CES. C’est Didier qui correspondrait le mieux au profil. Il faut apprendre petit à petit à jongler avec les fournisseurs, et à s’organiser en ne vendant pas n’importe quoi. Je devais être bien organisée et avoir une sacrée dose d’enthousiasme à l’époque car je continue à passer mes examens à la Fac, et pas qu’en dilettante. Pour la psycho sociale je suis servie.

1994 : On fait connaissance avec le froid, il faut acheter des chauffages, une adhérente nous  vend un appareil japonais et un autre est acheté à crédit.

- « Il fait froid chez vous ! » Bonne raison pour ne plus venir ? Toujours est-il que ça ne marche pas très fort : il y a beaucoup de pertes, la banque ne suit pas  ( à l'époque, les chèques mettent longtemps – 10 jours- à être encaissés chez les CCP ), les dettes s’accumulent. Et nous n’avons pas du tout la vocation de gestionnaires, seulement des idéaux très puissants, qui d’après moi, vont permettre à toute la structure de fonctionner. Nos « amis » fournisseurs, la plate-forme  BioP..-BioC... veulent être payés rubis sur l’ongle, et nous leur commandons donc moins, préférant leurs concurrents R. Vert, grossistes bio davantage compréhensifs. A cette époque, le fait d’être membre d’une structure coopérative représente encore quelque chose pour les gens et, c’est sous forme d’un légitime appel au secours que la gérante procédurière que je suis convoque une « assemblée générale extraordinaire »:

 

Texte du compte rendu de l’assemblée extraordinaire du 5 février 1994 :

Un grand merci aux 30 présents et aux 20 représentés : ça redonne le moral et l’envie de continuer !

Lors de cette réunion :

- Nous avons re-précisé les notions de « coopérative », « adhésion », « conseil de surveillance », mentions biologiques » etc.

- Bref historique de Bioventure : comment on passe de 6 adhérents à 222 (à ce jour).

-Bref aperçu financier : avec un chiffre d’affaire de 50 000 F en moyenne par mois         ( depuis 4 mois), une marge bénéficiaire très réduite de 20%, la coop couvre ses frais, sans plus…

- Nous avons eu un échange de vues avec la gérante de la coopérative X… ( 700 adhérents en 3 ans, 1.5 millions de C.A annuel ). Cette coop a été créée avec le soutien d’une quarantaine de familles, et a pu dégager un salaire à plein temps au bout de 6 mois ! quant à nous, nous avons créé Bioventure avec au départ une seule famille, la nôtre ! Après huit mois, une trentaine de familles nous soutiennent…alors, un salaire ou un demi-salaire dans 6 mois ?

- C’est vrai que nous avons eu envie parfois, de tout abandonner… La présence en ce jour, et malgré la pluie, de tous ces gens qui se sont déplacés en apportant leur chaise, nous donne envie de persévérer et de développer notre projet.

A la demande générale, nous avons conclu qu’il est vital que la gérante Mireille ainsi que Didier et Anick, tous bénévoles, puissent être secondés : nous devons pouvoir compter sur une ou deux équipes de secours en cas d’absence ( cet été en particulier ). Donc, pour tout ce qui concerne les informations sur nos produits, les fournisseurs, les commandes, le fonctionnement de la coop, nous serons désormais à la disposition de ceux et celles qui veulent nous aider et s’initier à la gestion d’une structure comme la nôtre, surtout pendant les « heures creuses » en début d’après-midi ( mardi et vendredi).

-Décision de mettre un cahier de desiderata à la disposition des adhérents. Nous invitons ceux-ci à toujours nous dire ce qu’ils pensent de nos produits.

Il ne nous est pas possible de tout avoir en stock ; si un produit manque, nous pouvons le commander et l’avoir ( plus ou moins ) rapidement. Il suffit de demander !

Le local de la coop coûte cher : 3100 F /mois pour une surface de 170 m² dont  80m² en étage et pour l’instant inutilisables.

Deux perspectives : trouver un autre local moins cher…mais le déménagement entraînerait de nouveaux frais…

Effectuer des travaux de mise aux normes de sécurité : coût des matériaux environ 10 000 F, main d’œuvre bénévole ( toujours les mêmes…). Nos adhérents et nous-mêmes bénéficierions ainsi d’une salle utilisable pour de multiples activités (informations, conférences, formation…).

La question du financement reste posée : pourquoi ne pas faire de petites conférences débats avec une participation aux frais modique, qui servirait à l’achat de matériel ?

- Pour l’assemblée générale annuelle ( au mois de mai), nous avons besoin d’une salle pouvant accueillir environ 150 personnes : tout le monde doit être convoqué. Qui peut nous aider  à en trouver une ?

- Divers projets : conférence sur l’Agriculture biologique, sorties chez les producteurs… Tout cela ne peut se faire que si nous nous unissons et coopérons.

L’union fait la force : comme l’a suggéré une adhérente, si chacun de nos adhérents arrivait à convaincre au moins une autre personne, BIOVENTURE pourrait vivre et prospérer…

Il s’est dit beaucoup d’autres choses ! !

Merci et à bientôt !

 

Avec le recul, comme  ces lignes peuvent paraître incongrues et naïves,et combien peu de ces projets ont pu se réaliser,  mais l'on ne pourra pas dire que nous n’ayons rien tenté ! Le fait d’être libéré de l’emprise de la télévision et de tout ce qui s’en suit, donne vraiment une grande force morale. Quelque part, elle a su porter ses fruits, car nous avons continué…

 

Les Assemblées Générales,  les lettres…

Dur dur, c’est  la rentrée ! A chaque rentrée, en septembre-Octobre, c’est toujours pareil : il y a eu les vacances, et les habitudes sont rompues…ainsi que les bonnes résolutions du début de l’année : nous perdons ainsi des adhérents qui ont d’autres chats à fouetter, c’est la vie ! mais pour la coop, c’est dramatique et voilà que nous battons le rappel, dans un style je l’avoue, plutôt « brut de fonderie » qui n’a pas fait que des heureux.

Lettre aux « bons coopérateurs » :

CHER(E) ADHERENT(E) ,

Vous faites partie de nos adhérents fidèles et nous vous en remercions.

Mais c'est la rentrée, et comme chaque année à cette é­poque la Coop a de graves soucis financiers dus au manque à gagner de l'été.  

Pour nous en sortir, il va falloir appliquer une gestion plus rigoureuse de nos achats : C'est grisant de voir ses rayons bien achalandés, plein de produits formidables, c'est bien de vouloir contenter même ceux qui demandent l'impossible... mais c'est à l'opposé de l'esprit d'une véritable coopérative, qui est un endroit où chacun doit faire des efforts; les pro­duits épatants qu'il faut solder et les dettes qui s'accumu­lent sont là pour nous rappeler les principes élémentaires d'une saine gestion... !

Nous allons profiter de l'application de la charte BioC... (vous n'avez pas fini d'en entendre parler !) pour revoir notre gestion ainsi que notre stock dans le sens d'une sélec­tion très stricte du point de vue des garanties biologiques, mais aussi dans le sens de ce qui «tourne» bien et vite. Il y aura donc des soldes et des produits nouveaux.

Nous ferons appel à vous pour nous aider à référencer les produits sur les têtes de rayons ( étiquetage avec logo BioC...).

Après deux ans d'expérience, nous commençons à savoir ce qui nous coûte cher; par exemple les produits en vrac: un sac de 25 kg de farine que nous payons à 20 jours...et qui met quelquefois jusqu'à 6 mois pour se vider! Beaucoup de ces produits seront désormais proposés en petit conditionnement de 500 g ou 1 kg .

De même, il n'y a pas de raison que quelqu'un qui nous achète 25 kg de farine paye le même prix que celui qui n'en prend que 100 g ; aussi ferons-nous désormais un prix de gros à partir de 3 kg, 5 kg ou 25 kg. Idem pour les huiles en bidons de 5 litres.

Nous avons actuellement des problèmes pour payer certains de nos fournisseurs... Il faudra donc attendre un peu pour voir réapparaître certains produits (...).

Nous espérons que ce petit journal (envoyé par courrier à nos 300 adhérents fantômes) leur donnera envie de revenir , mais nous comptons plus que jamais sur vous pour que BIOVENTURE continue à fonctionner comme une vraie Coop.

PS : Récemment une adhérente nous a proposé de nous aider en faisant chaque mois une avance sur ses achats: à BIO­VENTURE en effet, on peut savoir pour combien on achète par mois. Ce système est pratiqué dans de nombreuses Coop ( certaines l'imposent à leurs adhérents) ; nous disposerions ainsi d'un «volant de manœuvre » financier plus confortable : finis les découverts, agios & cie.. .

Tout cela reste à mettre en place. A vous de voir si vous vous sentez prêt(e) à ce type de fonctionnement. 

Merci de votre collaboration, et bonne lecture !

 

Lettre aux « moins bons coopérateurs » :

CHER COOPERATEUR,

Vous faites partie des adhérents qui ne viennent que rarement, voire jamais, à la Coopérative.

Une Coop est une structure qui a un besoin vital de la fidélité et de la présence de ses adhérents. Grâce au dévouement d'une équipe de bénévoles, nous avons réussi jusqu'ici à :

-         Proposer des produits de haute qualité biologique et faire circuler de l'information pas vue à la Télé ! et cela à des prix défiant toute concurrence pour des produits BIO.

-         Payer ses charges, ses fournisseurs, son loyer, et les charges (réduites) d'un salarié à mi-temps.

 Les produits biologiques sont souvent plus chers à l'achat que les autres, mais d'une part ça n'est pas toujours  vrai ( en particulier pour les fruits et lé­gumes) et d'autre part la qualité n'est pas la même... et la santé n'a pas de prix !          

Prenez la peine de considérer ce que vous mangez  et informez-vous, réfléchissez et voyez si ce ne sont pas plutôt les perspectives de changer vos habitudes  qui vous coûtent et. vous dérangent.

La Coop fait cette année un effort pour aller à la rencontre de ses 300 adhérents absents ou oc­casionnels.

Mais notre vocation n'est pas de solliciter sans arrêt les gens : Laissons cela aux "Grandes Surfa­ces" qui préfèrent miser sur la publicité que sur la qualité.

Votre adhésion reste valable tant que durera BIOVENTURE.

Alors, viendrez- vous renouer le dialogue avec nous et nous aider à être de plus en plus efficaces au service de la Bio ?

 

Il y a des gens que nous n'avons plus revus et d'autres qui sont revenus… Au fil des mois se constitue un petit groupe sympa qui participe activement à la coop, et moi qui suis peu sociable et n’ai quasiment jamais eu d’amis, j’y trouve la plus haute expression de l’amitié telle que je peux la concevoir. J’apprends bien davantage sur les comportements humains que dans mes livres de psycho – ce qui ne m’empêche pas d’obtenir une licence – et surtout je vois les réticences et les défenses des gens à l’œuvre :

ce n’est pas facile de changer pour une meilleure alimentation car il y a toute une éducation à remplacer, toute une autonomie à gagner, difficile quand le monde de la pub et de la "conso" ne l’entend pas de cette oreille : il n’a pas envie de perdre ses clients !

Nous passons donc toujours nos commandes chez 2 grossistes : l’un est indépendant, l’autre est la confédération de coopératives à laquelle il faut adhérer en achetant des parts sociales  puis  en payant une cotisation  annuelle   ( le tout infiniment  plus cher que nos 20 F - 3 € -  à vie !).

Je me sens concernée par le militantisme qui transparaît dans cette centrale ( commerce équitable, partenariat avec les producteurs… ) et leurs produits sont bien sélectionnés. Les problèmes commencent quand nous avons des soucis d’argent :

1995-1997 :

La fréquentation de la coop continue à être "caractérielle" : on y vient par curiosité, on revient un temps puis, pour d'obscures raisons d'ordre défensif, on retourne à ses habitudes : le supermarché préféré avec son abondance, sa facilité : quelle idée d'aller s'embêter à commander du pain, venir à des horaires impossibles etc ! Difficile pour la ménagère ( ou parfois même le "ménager" ) d'amorcer un changement d'habitudes alimentaires quand l'entourage rechigne au moindre effort. Quant au statut coopératif, ce concept ne semble hélas revenir à l'esprit que quand on a oublié son chéquier, et qu'on sait très bien qu'on vous fera crédit, même longtemps, au point parfois de vous faire douter de n'avoir pas déjà été payé… Comportements qui sont parfois un peu blessants et auxquels j'apprends à réagir grâce aux leçons de vie de mon amie Fred. Et puis heureusement cela ne concerne que des cas isolés !

Mais nous n’avons donc toujours pas beaucoup de membres réguliers et surtout sur la même longueur d'onde que nous ; je ne sais pas bien gérer, je commets l’erreur de penser que les gens ont les mêmes goûts que moi, les produits partent mal et cela prend du temps avant que les gens fassent le premier pas vers un produit nouveau et hors normes grande conso ( : pas de pub ni de pièges à gogos  ). C'est que la nouvelle culture, ce n'est pas un art de vivre bio, mais malheureusement la sous-culture de la sur-consommation, surtout celle qui rassemble les troupeaux !

Avec ça, comment faire comprendre à quelqu'un pendant les quelques secondes d'attention qu'il va consentir à nous accorder, des valeurs désintéressées comme le partage, le non-gaspillage, et surtout que ce n'est qu'en changeant soi-même ses habitudes que l'on se portera mieux, et le monde avec ??

Contrairement aux supermarchés qui paient à 60-90 jours leurs marchandises, les magasins bio paient leurs fournisseurs à 21 jours en moyenne - quand ce n'est pas cash ! -ce qui ne nous laisse pas beaucoup de temps pour les vendre, avec notre marge bénéficiaire volontairement réduite. A part ceux qui connaissent les prix et les produits, la majorité des personnes fréquentant la coop semblent trouver tout toujours trop cher, mais avec quoi comparent-elles, avec "Interm..." ?! Donc, nous peinons à payer. C’est là que notre chère centrale ne veut rien savoir.

L’autre fournisseur comprend - je rends hommage à l'exquise Josie - et nous permet d’étaler nos dettes. On en profite pour réviser nos achats en ciblant mieux ce qui correspond à la demande. Petit à petit s’instaure le climat de confiance et de réciprocité qui me manquait. La gestion ferait peut-être s’arracher les cheveux à des pros car la coop fonctionne au jour le jour, avec une fréquentation très peu régulière qui empêche toute ébauche de “ budget prévisionnel ”etc. (que je serai d’ailleurs incapable de prévoir), mais les factures sont payées, j'ai demandé un contrat CES pour moi, et tout irait bien si je ne subissais pas ma petite crise idéologique…

 

- 1994-95- petit rappel historique : Outre notre déménagement pour un local 3 fois plus petit mais mieux chauffé ( suite à démêlés avec un propriétaire véreux… ), ces années voient l’institutionnalisation de la confédération des coopératives biologiques, ainsi – et c’est bien plus grave – que le déclin des mentions bio, rendues obsolètes par le seul contrôle obligatoire et le fameux logo AB. Comme par hasard, c’est aussi à ce moment-là que les grandes surfaces s’intéressent à la "bio", au point d’aller jusqu’à se poser en pionniers. On en apprend tous les jours. ( cela expliquerait aussi la désertion de certains de nos membres ?! )

La confédération met en place une charte qui vise à défendre les petits producteurs bio de proximité, dans un esprit de confiance et de coopération. C’est tout à fait en accord avec nos convictions, mais les choses se compliquent quand on nous réclame en plus de la  cotisation annuelle,  une mise aux normes de la confédération, avec le prélèvement d’un pourcentage  de 1/000 sur notre chiffre d’affaire annuel…

Nous faisons traîner pour payer : j’ai du mal à faire accepter à mon entourage ces dépenses qui représentent au bas mot quelques 5000 F car en plus de la cotisation annuelle ( dans les 1000 F de l'époque , je ne sais plus ) il faut acheter une caisse enregistreuse perfectionnée, une ou plusieurs étiqueteuses chères, des réglettes pour mettre en tête de gondole les prix au kilo etc. Bref, il faut se transformer en supermarché, d'ailleurs plébiscité comme "seul avenir de la bio" dans un des derniers numéros du défunt journal Les Réalités de l'Ecologie; tiens, ça me rappelle qu'ils avaient pleuré pour que des petits comme nous diffusions leur revue, et suite à cet article, je les avais renvoyés en leur suggérant d'aller se mettre en partenariat avec les hypermarchés, lettre restée évidemment sans réponse.

Pour une somme modique, on peut même acheter une enseigne avec la planète Terre dans un caddie. Tout ça pour appliquer une convention-revendeur dont le mode d’emploi nécessiterait une formation de polytechnicien, mais  qui ressemble fort à une franchise déguisée.

J’oubliais la meilleure, tous les ans il y aussi  le contrôle de l’ensemble par un organisme certificateur homologué, à concurrence d'environ  500 F H.T de l’heure, ce qui alourdit encore la facture... pour prouver à nos chers "consomm'acteurs" qu’on est bien bio sous tous rapports, ça fait quand même un peu cher quand on n’a pas de salariés.

Les autres coopératives bio semblent trouver ça très bien, il doit y avoir quelque chose qui nous échappe !

La situation se clarifie quand je m’aperçois qu’il y a des tarifs différents dans cette centrale selon le chiffre d’affaire que l’on fait chez eux : plus on est gros, plus on peut acheter moins cher, ce qui n’est évidemment pas notre cas, puisque nous sommes petits... Malgré tout le discours militant, la pilule glisse de moins en moins bien.

Outre la tyrannie des factures prélevées directement sur le compte - impossible de quémander un délai- les livraisons laissent de plus en plus  à désirer : les demandes d’échange ou d'avoir sont mal perçues, voire refusées, ce qui n’est jamais le cas auprès de l’autre grossiste avec lequel nous travaillons parallèlement. Les prestations ne supportent pas la comparaison, d’autant que, pendant que les confédérés s’enlisent dans des débats procéduriers et laborieux, la bio locale s’organise : une jeune équipe motivée crée une petite centrale indépendante et sympa, P...bio, et j’y retrouve les produits qui nous inféodaient à la centrale, car ils en avaient la quasi-exclusivité.

Bonne raison pour les quitter d’autant que j’ai la désagréable surprise de leur voir prélever d'autorité une cotisation erronée sur notre compte (le fameux 1/000 du C.A annuel, le nôtre était de 700.000 F, ils l’ont estimé à   1 110 000 F )… Nous les quittons par lettre recommandée, ils n’y répondront jamais : soit on est avec eux, soit on est contre eux ? Avec le recul je me suis aperçue - trop tard - qu'outre le trop perçu de la cotisation, ils ne nous ont jamais remboursé l'argent des parts sociales de notre adhésion chez eux ( quelques 3000 F de l'époque ), mais à quoi bon insister vainement, la liberté n'a pas de prix !

Sur le plan bancaire, les CCP nous accordent  sans condition préalable un très important découvert. Par contre, les chèques mettent jusqu'à une dizaine de jours pour  être encaissés. C'est alors que pour une fois, la pire des banques rurales va nous être utile. Bien entendu, le C. Agricole ne nous a jamais fait de cadeau,  au contraire, mais nous y avons trouvé un avantage : nous déposons les chèques chez eux, et 2 jours après nous raflons tout pour déposer la somme disponible en liquide sur le CCP… Nous utiliserons ce stratagème de misère jusqu'à vers 2000, puis  je me  ferai une joie  de solder ce compte.

Du coup, nous respirons mieux et nos rapports avec nos fournisseurs sont au beau fixe : ce ne sont pas des “ méchants ”, ils travaillent pour la même cause que nous, respectent leurs clients et sont vigilants par rapport à leurs produits : nous nous informons dans la mesure du possible ( revues, entrefilets…) sur “ l’évolution ” de la bio qui commence à être un peu trop vue à la télé pour être honnête…

J'ai fini par admettre avec effarement que les membres de la coop ne connaissaient absolument pas les revues "écolos", quelles quelles soient. Les tentatives d'introduction de  "Silence", "les Quatre Saisons", " Nature et Progrès"… se sont soldées par des échecs complets, et sont passées dans les pertes et profits. Trop cher ? Même la publication gratuite "Biocontact" semble en effrayer, car il n'apparaît pas d'emblée qu'elle ne soit pas  payante. Les livres, seules quelques  personnes en achètent.

Une bibliothèque : là, après un vibrant appel  à donner un livre contre une adhésion à vie à la bibliothèque, les gens ont été sympas et ont offert des livres en liaison avec nos centres d'intérêts. Il faut dire que la coop avait bien amorcé la pompe en faisant don de livres très intéressants, voire remarquables, mais parfaitement invendables avant longtemps !

Mais ce n'est pas suffisant. Alors, dans le but louable d'informer le monde, je vais créer un petit journal gratuit – sans pub bien évidemment !- sur une idée de Fred, on l'appellera "Le Col vert" :

Au début, il est entièrement fait à la main. Corinne s'emploie à faire les dessins et à calligraphier les textes. Est-il lu ? En tous cas, c’est bon pour le moral et ça permet de prolonger le contact avec les adhérents. Ensuite, je me mets à l’informatique et les numéros sont plus achevés. Récompense suprême, si l'on prend soin de les distribuer, ils semblerait même qu'ils soient lus !

1997-98 : le scandale de la vache folle semble réveiller un peu les gens et les acheteurs réguliers persévèrent dans leur choix de manger bio : ils se portent mieux, et comme il y a de plus en plus de monde, ils y font des rencontres et se sentent moins isolés dans leur démarche. Le bénévolat fonctionne à merveille, et contrairement aux idées sous-jacentes, c'est loin d'être de l'esclavage ! La coop peut compter sur des membres réguliers et même s’il y a des hauts et des bas dans la fréquentation, tous les fournisseurs sont payés, et nous leur sommes  reconnaissants de nous faire confiance. Nous sommes idéalistes.

Pourtant, pendant que les petits comme nous et les producteurs sympas essaient de suivre leurs idéaux, les faiseurs de fric ont vite compris “ qu’il  y avait un créneau ” et il commence à fleurir des supérettes aux abords des villes, pas dans la cambrousse comme nous ! ( d’ailleurs,  même la plupart des coopératives biologiques  "bioC..." se transforment ou se constituent en  Sarl, ou en SA, et bientôt les associations de consommateurs bio, dont la plupart étaient fondatrices de la confédération, seront obligées de changer de statut pour continuer à arborer leur enseigne ) C’est dans "l’ordre des choses"  si on veut s’en  sortir avec salaires, charges etc. Il y a quand même de la "trahison" aux idéaux dans l'air !

Cela ne me concerne pas et je tiens à résister à ces tentations : rien ne me garantit que je pourrais être rétribuée en tant que business-woman, et même si cela était je sens que j’y perdrai mon âme et la coop aussi.  Il n’y a pas que le fric dans la vie. Il y a surtout le climat amical qui s'est créé, et qui ne survivrait pas à une ambiance "business". De toute façon, la zone géographique où nous sommes installés interdit rapidement toute idée de tentative d'expansion.

Didier se met à réaliser des appareils  qui commencent à se vendre auprès des naturopathes, lesquels bizarrement ne semblent pas très attirés par les produits biologiques. De même, suite à un stage de boulangerie bio, il fait du pain, d'abord pour la maison, puis pour la coop : même si nous ne sommes pas assez riches pour le faire estampiller AB, ce pain fait avec des ingrédients bio et au vrai levain  nous permet de faire un échange de bons procédés avec la coop !

Il y aurait pas mal à dire, voire à médire ? sur les producteurs bio qui ne viennent que pour nous proposer des produits qu'ils n'ont parfois pas encore fabriqués, des fois que ça rapporterait, et qui ne daignent même pas jeter un œil sur ce que nous proposons nous. Les naturopathes qui ne passent la porte que pour laisser leur carte, les producteurs bio du voisinage qui ne viennent pas chez nous, les écolos qui font des discours enfumés mais qui préfèrent les supermarchés, les autres coopératives avec lesquelles on ne peut guère travailler, etc. Parfois ces contradictions sont difficiles à comprendre, d'autant plus que sans chercher bien loin les personnes concernées doivent penser que nous sommes comme elles !

Pourtant, à chaque adhésion, et même avant pour éviter tout malentendu ( pour se servir à la coop, il faut en être membre ), nous distribuons un mode d'emploi où j'essaie d'expliquer en de moins en moins de pages le fonctionnement de la coop.  Au fil des années, cela s'est résumé en une 1/2 page, mais à en voir les commentaires de certains,  il me reste du travail de compression !

-         1998-99 : les années passent… la coop déménage : le voisinage devenant insupportable ( propriétaire véreux - décidément ! - voisin paranoïaque qui exprès lave sa voiture customisée devant notre porte, avec le chien à proximité…), après diverses péripéties dont je vous épargne le détail, on trouve par "miracle" un local mieux exposé, plus facile d'accès etc. Il y en a qui trouvent encore à redire - pas ceux qui nous ont aidés en tous cas - mais dans l'ensemble les gens sont contents. Plutôt que de se ruiner dans l'installation de sanitaires avec fosse septique etc, nous investissons - dans l'indifférence générale - dans  des WC à compost, qui ne nous coûtent absolument rien, et qui ne polluent pas ; mais dans ce domaine, il est encore plus difficile d'informer les gens ! Nous organisons une petite inauguration avec quelques fournisseurs locaux : j'envoie une invitation à tous les adhérents, même les fantômes, et ça permet d'en retrouver quelques uns !

Mais sommes-nous vraiment sur la même longueur d'onde ?

Pendant que le marché de la bio prend de l'ampleur, non pas qu'il y ait davantage de paysans bio, mais bien plus des aménagements "AB", des importations de bio moins cher ailleurs etc, nous nous passionnons pour une actualité qui ne concerne en fait qu'une infime partie des vrais militants bio : dans un article du Monde Diplomatique (mars 99), on y voit, entre autres scandales, dénoncée l'appartenance de la marque "Biosoy" à la firme Novartis : en pleine "lutte" contre les OGM ça fait désordre ! Au lieu de s'indigner, les intervenants de la bio font bloc pour  défendre "le soja français sans OGM", référencé BioC... ) et tout rentre vite dans "l'ordre". Là encore, nous nous enorgueillissons d'avoir quitté BioC..., qui d'une main défend les nobles causes et d'une autre soutient son porte-monnaie. Nous décidons de ne plus vendre des produits de cette marque, et cela est loin de susciter la sympathie. Tant pis.

 De même nous ne voulons pas tomber dans les pièges du bio fast food, avec surgelés, produits sur-emballés, tout prêts etc, calqués sur les modèles abjects de la grande distribution, mais avec le logo bio pour la petite santé des consommateurs, mais hélas pas pour celle de leur environnement ! Il faut souvent lutter contre les adhérents  qui se comportent de plus en plus en "clients" pour refuser ce type de produits.

L'article du Diplo a été rapidement  oublié dans les média écolos, cela m'aura au moins permis de voir ce qu'ils avaient dans le ventre, et je me suis désabonnée de la plupart, ne gardant que le très respectable "TAM-TAM"    (petite feuille de chou belge faite avec sérieux et amour par un vrai militant, de ceux qui sont vraiment en voie de disparition ! ),   mais même    à  2 F le n°, les gens sont passés pendant un an à côté d'un joyau et ne l'ont pas vu. Lassée, je me le suis gardé pour moi et j'ai même collaboré à sa rédaction.     Nul n'est prophète en son pays !

De même, après avoir produit quelques 16 "Col vert", en 2000, après un dernier n° objectivement pas lu, j'arrête : ras-le-bol de perdre mon temps ! Il y a les fascicules gratuits avec leur pub, et on ne peut pas faire réfléchir les gens de force. Ce journal m'a valu des compliments extérieurs dont je suis très fière, c'est le principal. 2 personnes sur place l'ont réclamé par la suite, ce n'est peut-être pas si mal.

Bioventure se lance alors dans l'édition…

Enfin pas vraiment puisqu'il y a toujours eu des publications, mais là je rêvais d'un livre qui aurait rassemblé les nombreuses recettes personnelles   ( on a tous et toutes une ou deux recettes infaillibles ) des membres de la coop. Après avoir battu longuement le rappel, la matière recueillie était à peine suffisante pour alimenter le "Col Vert" et j'ai décidé de faire un livre de recettes à mon idée. Cela m'a pris environ 2 ans, car il a fallu compulser des tas de livres, tester les recettes ( il faudrait forcer les auteurs de livres de cuisine à réaliser en direct leurs recettes !), les écrire, et réaliser le livre. Hors de question de le proposer à un éditeur, voilà encore un milieu où il y aurait beaucoup à dire ! Le livre complet, " A cuisiner de préférence avant…la fin du monde " avec ses quelques 200 recettes est cependant un peu cher pour chez nous. Je décide d'en faire plusieurs petits, reliés à la main à la ficelle  ( système chinois ), selon plusieurs thèmes : les céréales, les desserts, le pain… Ils ont un certain succès !

Le monde du bio-business continue cependant à nous décevoir : les temps changent, des empires bio se constituent, les emballages se plient aux exigences des nouveaux consommateurs bio : sur-emballage unique, bien visible sur les linéaires… J'écris beaucoup de lettres et à propos d'une missive où je m'offusquais du changement de look d'un produit ( des "escalopes" végétales qui de toutes simples, se sont retrouvées sur-emballées avec leur photo sur la boîte…), le patron de cette petite fabrique m' a avoué n'avoir pas pu faire autrement car ses revendeurs avaient "honte de vendre ses produits"; de plus j'étais la seule à  déplorer ce relookage, tout le monde l'avait unanimement félicité. A juste titre car, n'ayant plus le choix, qu'est-ce qu'on en  a  vendu de ces  escalopes depuis !

 

Pendant ce temps, dans d'autres sphères, il y en a qui n’ont pas  perdu  pas leur temps: les semences transgéniques arrivent chez nous en toute légalité (5), sous un gouvernement de gauche.  En fait, le terrain leur avait déjà été bien préparé en sous-main depuis l’après guerre, avec entre autres le rachat des grainetiers indépendants par les grandes compagnies de l’agro-chimie : ça, je me paie le luxe de le raconter avant l'heure dans un petit livre-maison " Le Haricot Vert, la fin des haricots ? ", toujours disponible à la vente et toujours d'actualité !

Le temps des semeurs à la volée est bien fini : on sème des brevets et chaque graine doit d’abord rapporter à son concepteur, à savoir l’agro-chimie qui préfère s’intituler “ biotechnologies ”, ça fait plus tendance.

C’est diaboliquement efficace, d’ailleurs je pense que Günther Schwab, qui est déjà allé assez loin  dans “ La danse avec le Diable ”(6)a été bien dépassé - si l’on peut dire -  par ce qui arrive actuellement.

 

Nous faisons notre possible pour informer et avertir les gens de ces dangers que l’humanité n’a jamais encore connus et contre lesquels elle n’est pas prémunie, mais encore une fois, on ne fait pas boire les ânes de force.

Tout ça au nom du profit dont les ramifications arrivent jusque dans les circuits bio. En effet, à force d’avaler tout ce qui est à leur portée, les monstres de l’agro-chimie et donc de l’agro-alimentaire ont même absorbé des sociétés qui produisent ou distribuent des produits bio dûment certifiés, et ça continue !

Apprendre cela ne fait pas plaisir, et c'est difficile de s'y retrouver dans des marques qui sous un emballage circulent dans les magasins bio, et sous un autre, se retrouvent - parfois moins chers - dans les rayonnages des supermarchés chéris. Ce qui fait de la peine aussi, c'est quand les gens reviennent vous faire la leçon qu'on leur a matraqué à la télé ou dans leur hyper favori. On dirait qu'ils ont tout inventé et que vous êtes complètement has been !  En outre, il y a une désagréable tendance à la table rase sur le plan de l'historique de la bio : les derniers veulent être les premiers, et ils écrasent volontiers les petits convaincus ( c'est le cas de le dire ) qui ont préparé un chemin se voulant en adéquation avec leurs idéaux.

 

2000-2002 : Qu'allons nous devenir ?

Les temps changent, mais nous pas tellement ! Nous pouvons actuellement compter sur une quarantaine de personnes, dont la plupart sont devenues des amies. Certaines viennent apporter aide et bonne humeur, n'est-ce pas Annie, n'est-ce pas Cathy ? C'est reposant à tous points de vue, jusqu'à la comptabilité, mais je me garde bien d'envisager une quelconque expansion : prudence !

La coop est certains jours comme une ruche, avec des rires,  parfois des fous-rires, nous avons nos figures, nos "chouchous"…On nous a dit que nous jouions à la marchande, quel délicieux compliment. Cela ne correspond pas vraiment aux modèles commerciaux en vigueur, et les gens rechignent toujours à en vouloir comprendre le fonctionnement. Mes petits ou grands panneaux d'information ne sont jamais assez visibles, et il a fallu s'adapter à notre temps en affichant un logo "pas de téléphone portable ici-merci". Les regards ont perdu l'habitude de regarder, mais la documentation disséminée dans notre local est objectivement étonnante. C'est plutôt "vous qui passez sans me voir…", mais il peut y avoir d'heureuses surprises !

Les Assemblées Générales ne réunissent pas les foules, mais curieusement les participants ne sont pas forcément ceux qui  fréquentent assidûment la coop. Il y a même des pseudo-adhérents qui ne se manifestent quasiment qu'à ce moment-là ! Mais comme nous n'aimons pas les réunions où les gens s'écoutent parler, nous essayons d'en faire un moment agréable et vivant;  ce qui est important, c'est que la coop continue de fonctionner, au jour le jour, avec des adhérents constants dans leurs actes et leurs idées. Chacun y trouve sa récompense et même si c'est parfois imperceptible, je me plais à imaginer que toute la délicatesse que nous mettons à gérer cette coop, à bichonner ceux et celles qui la font vivre, nous revient en supplément d'âme, bénéfique à tous points de vue. Quand on donne, on reçoit !

Dans les statuts coopératifs, s'il se trouve avoir des bénéfices non réinvestis au bilan de fin d'année, ces derniers doivent être redistribués aux adhérents au pro-rata de leurs achats. Nous notons scrupuleusement les achats de chacun au jour le jour, mais ce n'est qu'en 2000 que nous avons pu, grâce à un logiciel sur mesure, procéder à cette répartition, sous forme d'avoir sur achats, surtout qu'avant, comme on l'a vu,  il ne risquait pas d'y avoir des bénéfices. Les avis sont toujours partagés en la matière, et les réactions sont parfois surprenantes, voire peu flatteuses : je n'en dirai pas plus !

Certains esprits pensent que cette bio que nous vendons n'a plus d'avenir, que même des structures coopératives comme nous font du business. Je les renvoie à l'historique du mouvement coopératif, qui n'a pas attendu l'avènement du "bio" pour se battre contre le grand capital, et à une époque où cela coûtait souvent la vie.

Nul n'est parfait. Lors d'une discussion orageuse à ce sujet, j'ai répondu que l'essentiel pour nous était d'abord d'être le plus possible en accord avec nos idées dans la pratique quotidienne. Ensuite, il faut de la persévérance, la lucidité et un courage à toute épreuve. Et cela ne concerne pas que le petit domaine de la bio. Enfin, s'occuper d'une structure coopérative se voulant en accord avec les valeurs auxquelles ont croit,  serait impossible sans une solide base amicale à toute épreuve. Tant que cette base existera, Bioventure continuera.

 

 

M.S. 

Peynier, hiver 2001-2002

 

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1- Ces revues existent toujours, sauf "Observez" qui a paru de 1990 à 1997.

2- Ce paragraphe est extrait d'un texte publié bien déformé dans la revue Silence, novembre 1999. ( Mais c'est une autre histoire )

3- A cette époque, faute de logo AB, Ecocert et autres contrôleurs n'étaient pas encore obligatoires

4- Seitan : genre de viande végétale issue de la poudre de gluten de blé.

5- Dominique Guillet, fondateur de Terre de semences/ Kokopelli à Alès : "Semences de paix" in " La Rose et la Passiflore", Ed. Rose et Passiflore.1992

6- Günther Schwab : "La danse avec le Diable" Ed. du vieux Colombier 1963/Le Courrier du livre, Paris.

 
- édit automne 2006 : 

 

"Tant que cette base existera, Bioventure continuera... " voir les AG depuis cette date...

 

Cette base n'étant donc plus fonctionnelle, Bioventure n'existe plus en tant que SCCC, mais l'aventure ne s'arrête pas pour autant !!

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